Je n'aime pas la CNV.
- Ariane Boucher
- 29 juil. 2025
- 6 min de lecture

Enfin, je le dis haut et fort... et ça fait extrêmement de bien!
Ça fait longtemps que je le pense et que j'ai envie de partager mon avis sur le sujet. Mais, j'ai longtemps hésité à en parler parce que il y a comme une espèce de culte autour de la CNV.
Je dois être honnête, je n'ai jamais suivi de formation en CNV. En revanche, je suis formée en sciences humaines appliquées, qui comprennent l'acquisition de connaisances et de compétences en gestion de conflits ainsi que le développement d'habiletés menant à une communication saine, empathique et efficace.
La communication c'est mon dada!
J'ai des collègues intervenant.es qui utilisent cette approche et qui font un travail exemplaire. Ce qui m'irrite avec la CNV, c'est qu'elle est trop souvent présentée comme LA solution miracle à tous les conflits dans les relations humaines. Et ce, quel que soit le type de situation. Je le répète, c'est comme un culte. Beaucoup trop de gens ne jurent que par la CNV.
Je vais vous expliquer ma perspective plus loin, mais d’abord, commençons par le début.
C'est quoi la CNV?
La Communication Non Violente ou CNV est un concept qui a été développé en 1970 par Marshall B. Rosenberg, un psychologue humaniste. La CNV vise à améliorer les relations interpersonnelles en favorisant l'empathie et la compréhension mutuelle. Au centre de cette théorie, on retrouve:
l'observation des faits, de manière objective et sans jugement
l'identification et l'expression des sentiments ressentis
l'identification et l'expression des besoins
l'expression claire des demandes
C'est bien beau en apparence tout ça, mais en quoi est-ce différent d'une saine communication?
En rien. Niet. Nada.
N'importe quelle personne qui a étudié en communication et en résolution de conflits, vous dira que c'est la base d'une bonne communication, d'une saine communication. Ensuite, plusieurs autres facteurs peuvent aussi influencer notre manière de communiquer. Je n’entrerai pas dans les détails ici, mais j’en parlerai dans ma série d’articles à venir, sur la communication saine et efficace.
Revenons à la création de la CNV, en 1970
C'était en 1970, donc il y a plus de 50 ans. Les approches en communication et en gestion de conflits ont grandement évoluées depuis ce temps-là! En observant le contexte historique aux États-Unis dans les années 1970, c'est plutôt facile de comprendre que c'était un concept révolutionnaire à l'époque. Et que la génération dont faisait partie Marshall B. Rosenberg n'avait pas été élevée dans une société qui valorisait la communication saine et efficace.
Selon ce que j'ai lu et compris de la CNV, Marshall B. Rosenberg l'aurait créé en réponse à deux questions:
Pourquoi est-ce que certaines personnes vont automatiquement générer de la violence et de la souffrance dans leurs interactions avec les autres?
Pourquoi est-ce que deux personnes qui vivent exactement les mêmes situations difficiles n'auront pas les mêmes réactions; l'une fera preuve de résilience et l'autre développera de l'agressivité, pourquoi?
La CNV était probablement une réponse "satisfaisante" à l'époque. Par contre, aujourd'hui, nous savons que les réponses à ces deux questions sont beaucoup plus complexes que la simple manière dont les gens communiquent.
Ici encore, demandez à n'importe quelle personne qui est formée en relations humaines et/ou en sciences humaines appliquées, et elle vous dira que les facteurs de risques et les facteurs de protection de chacun.e ont une influence significative sur les réponses à ces deux questions.
Il ne s’agit pas uniquement que de savoir bien communiquer.
Premièrement, le nom: Communication Non Violente
Je me demande bien dans quelle situation est-ce qu’une communication violente est acceptable?!
Je veux dire… si le principe de Communication Non Violente existe, c’est que la communication violente doit forcément exister, non?!
Pour moi, parler de Communication Non Violente, c’est comme dire “Monter en haut” ou “Descendre en bas”, c’est redondant. C’est un pléonasme.
J’ajouterais que le principe de CNV inclut l'importance et la pertinence du choix des mots. En ce sens, n'est-ce pas un peu ironique d’utiliser le mot “violence” pour décrire une communication qui devrait être saine, empathique et bienveillante?!
Même avec l’utilisation du “Non” comme préfixe, il reste que le mot “Violence” déclenche une réaction négative chez l’être humain.
Alors, pourquoi ne pas parler de communication tout simplement?
La CNV utilisée pour manipuler
Si on parle seulement des quatre principes clés de la CNV, c’est facile de s'en servir pour manipuler les gens. Sauf que le culte de la CNV semble nier cette possibilité.
La CNV peut facilement être utilisée pour culpabiliser l’autre. Elle est aussi un outil parfait pour les amateurs du gaslighting et du DARVO.
Une courte parenthèse ici:
Gaslighting: Quand une personne nous fait douter de nous-même et nous fait remettre en question notre propre santé mentale.
DARVO: Deny, Attack, Reverse Victim and Offender. Ce qui signifie: nier, attaquer et inverser la victime et l’agresseur.
C’est facile d’utiliser la CNV comme outil de manipulation et pour culpabiliser l’autre: “Quand je te dis que je n’aime pas que tu sortes avec tes amies ou que tu portes une jupe courte, je t’exprime mon émotion. Si ça te frustre ou ça te met en colère, ce n’est pas mon problème. Ça t’appartient à toi!”.
Bref, au nom de l’expression de nos émotions, on peut facilement blesser l’autre ou lui faire porter la responsabilité de nos propres sentiments. Et ça, ce n’est pas très sain!
Même dans les situations où culpabiliser l’autre n’est pas le but recherché, ça peut tout de même avoir cet effet-là, si on ne sait pas communiquer et gérer nos conflits adéquatement.
La CNV repose sur quatre principes fondamentaux en communication, c’est vrai. Mais la communication c’est tellement plus complexe que simplement parler au “je”! Et quiconque te vends l’idée que si tu mets ces quatre principes de base en action, tu n’auras plus jamais de difficultés à communiquer… quiconque te dis ça, te ment.
C’est un peu trop facile de dire que la CNV règle tout, tout le temps, pour tout le monde.
Si vous me lisez ou si vous me suisez depuis quelque temps, vous savez que je travaille avec les gens qui n’entrent pas dans les cases définies par notre société. En ce sens, la CNV demande exactement ça; que tous les gens apprennent à communiquer de la même manière et entrent dans la “case CNV”.
C’est pas réaliste!
La CNV est violente
Quand on se permet de tout dire au nom de l’expression de nos émotions, sans prendre le temps de choisir et peser nos mots, ça peut être particulièrement violent.
Exprimer nos besoins, nos désirs et nos émotions, c’est sain.
Exprimer tout ça de manière directe, voire parfois brutale, et sans prendre le temps de réfléchir avant de parler, ça ne l’est pas!
Je suis certaine que ça vous est arrivé dans le passé de dire quelque chose à l’autre sous le coup de l’émotion et de le regretter plus tard. Qu’à ce moment-là, vous étiez tellement blessé.e, que vous vouliez que l’autre ressente la même intensité de douleur que vous. Ça nous est tous.tes arrivé!
Dans un tel contexte, ça serait facile de justifier vos paroles blessantes en disant: “ j’avais besoin d'exprimer mes émotions et c’est ce que j’ai fait”. Ça serait facile de se cacher derrière ce principe de la CNV pour justifier le mal que vous avez pu faire à l’autre. Surtout quand vous auriez pû exprimer exactement la même chose, le même sentiment, la même émotion, en prenant le temps de choisir vos mots et en considérant l’impact de ce que vous vous apprêtiez à dire à l'autre.
La CNV peut donc être très violente quand on se fie uniquement aux quatre principes de base tels que je les ai mentionnés plus haut, et sans aller plus loin dans notre compréhension de ce qu’est la communication.
Je sais que je me répète (j’suis vielle que voulez-vous?), mais la communication c’est beaucoup plus que parler au “je”!
Et la CNV ne règle pas tout, tout le temps, pour tout le monde, non plus!
Si tu as de la difficulté à communiquer, c’est toi le problème
Pas nécessairement.
La CNV met l’emphase sur l’expression de nos émotions, nos sentiments, nos besoins et nos demandes. Et si une personne est incapable d’être assez assertive pour les exprimer, bien c’est elle le problème! C’est à elle d’apprendre à être plus assertive et à prendre sa place.
Oui, mais non!
Quoique je pense que chacun.e est responsable de son bonheur, de son bien-être, il reste qu’il y aura toujours des facteurs externes qui influenceront notre capacité à nous exprimer clairement et sans crainte de représailles. Plus haut, j’ai parlé de facteurs de risques et des facteurs de protection et ça en fait partie. Mais, il faut aussi considérer les inégalités sociales et systémiques qui font que ce ne sont pas tous.tes les personnes qui auront les mêmes chances et opportunités dans la vie.
Dans une course de 1 km, si on a le privilège de partir 500 mètres devant les autres, c’est facile de dire que les autres avaient juste à se forcer plus s’iels voulaient remporter la première place!
Encore les cases…
Il y a du bon dans la CNV, c’est vrai. Mais je ne l’aime toujours pas plus!
Et je ne comprends toujours pas l’étiquette de “non violence” dont on l’affuble parce que la CNV représente simplement quatre principes de base en communication.
La CNV c’est comme la pointe de l’iceberg en communication. C’est un bon début, mais ce n’est pas suffisant pour développer des aptitudes pour avoir une communication saine.
Le culte de la CNV vend l’illusion que la CNV règle tout, tout le temps, pour tout le monde.
Et encore une fois, c’est une théorie qui demande à tous.tes d’entrer dans les mêmes cases!

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